29 settembre 2014

LES BELLES ENDORMIES, Musée Bonnard, Le Cannet - Côte d'Azur

Il sogno simbolista dell'arte
in mostra al Museo Bonnard

Di Beniamino Vizzini

29 Settembre 2014
                                        Pierre Bonnard (foto 1) 

Sono rare mostre tematiche, davvero, consigliabili per selettività, per organicità di proposte selettive in grado di superare, in effetti, lo stadio di un superficiale interesse per la centralità , vera o presunta, del tema illustrato con un guazzabuglio di opere artistiche prelevate da periodi, stili, poetiche, eterogenei e differenti, e poste in esposizione al pubblico unicamente per la loro funzione, appunto, illustrativa dell’argomento – per lo più, quasi sempre di carattere storico o letterario – difficilmente riconducibile all’autentica valutazione critica ed alla comprensione di ciascuna opera d’arte messa in gioco. 

Una di queste rare mostre tematiche, invece, da consigliarsi assolutamente di visitare e, soprattutto, di non perdere prima della chiusura che avverrà il 2 Novembre dell’anno in corso, è la mostra al Musée Bonnard di Le Cannet sulla Costa Azzurra Les belles endormies aperta il 6 Luglio e già durata tutta quanta l’estate.

                                        Maurice Denis (foto 2) 

La storia dell’arte moderna sembra percorsa da una faglia che la divide su due fronti separati ognuno dei quali ha dato luogo ad opposti modi di concepire l’arte ovvero, da un lato, come prassi positiva che rivoluziona le forme visive della realtà e , dall’altro, come intuizione poetica attraverso cui la visione del reale si derealizza fino ad assumere le caratteristiche del sogno. In un caso, l’universo appare definito e rappresentabile in forme tecnicamente costruite, nell’altro, il mondo al di là della sua rappresentabilità formale rivela in sé un elemento trascendente – poetico, visionario, religioso – che agisce come fermento e promette una trasformazione creativa del reale. Si potrebbe esemplificare, in qualche misura, tale dicotomia interna all’arte della modernità nell’antitesi fra realismo ed antirealismo; fra l’impegno a condizionare l’esperienza estetica rispetto all’esigenza di un rinnovamento permanente della nozione di realtà, e la resa di un esperienza estetica assimilata alla condizione estatica del sogno. Come dire, impressionismo, cubismo, futurismo, da un lato e simbolismo, espressionismo, astrattismo o surrealismo. Scontata l’inevitabile approssimazione di un tale esempio, è indubbio, tuttavia, che l’area delle opere esposte nella mostra al Museo Bonnard "Les belles endormies" dimostri di appartenere, con massima coerenza e consequenzialità, al versante d’una poetica simbolistico-espressionista della pittura europea all’alba del XX secolo ed oltre.

Lasciamo la parola alla curatrice della mostra Véronique Serrano, direttrice del Museo Bonnard.

                                      Félix Vallotton (foto 3) 

Et la Belle s'endormit. Rêveuses et autres belles endormies à l’aube du XXe siècle et après
par Véronique Serrano
Conservateur en chef du Musée Bonnard, commissarie d’exposition

L’esprit de cette nouvelle exposition, comme son titre d’ailleurs, doit beaucoup au livre célèbre de Yasunari Kawabata, Les Belles endormies, et au souvenir d’un essai d’Isabelle Monod-Fontaine à propos d’un tableau clef de Matisse – le Rêve, dont l’auteur nous livre une version remaniée pour ce catalogue. En élargissant ces deux approches et en recourrant à l’ensemble des artistes depuis la fin du XIXe siècle jusqu’aux modernes, on s’aperçoit que cette idée du rêve et du sommeil est particulièrement prégnante au point d’être devenue un archétype majeur de la peinture, de la sculpture comme de la photographie et tout autant de la poésie et de la littérature. Passionnés par la naissance de la psychanalyse, et même si l’interprétation des rêves de Freud ne paraît qu’en 1900, de nombreux artistes proposent leur vision personnelle du sujet. Notre mémoire, celle de notre enfance comme celle de notre passé est envahie d’images de belles endormies que l’on porte en nous comme les épiphanies de vagues images que les artistes et les écrivains nous révèlent puissamment. 
                                       Auguste Renoir (foto 4) 

Aussi à y regarder de plus près et à la lumière de différentes analyses, on distingue deux approches artistiques principales : pour certains, le sujet est comme un avatar de La Belle au bois dormant, l’univers du conte, conviant la figure de l’endormie et de l’éveilleur ; en 1888, Verlaine s’amuse à écrire « La Belle au bois dormait. Cendrillon sommeillait » se jouant de la réalité des contes, de l’apparente innocence des sujets ; on songe aussi au mythe de Psyché ranimée par le baiser d’Éros, mais il y en a tant d’autres encore. Depuis la nuit des temps, pour beaucoup, entre l’artiste et son modèle il s’agit d’un jeu subtil qui stabili des liens avec les trois grandes figures de la mythologie que sont Hypnos (le sommeil), Éros, (le désir) et Thanatos (la mort). Références éternelles qui semblent ne devoir jamais quitter notre imaginaire. Le rêve de l’artiste se meut alors en désir, désir du modèle ou désir de peindre, de pétrir, de tailler, de cadrer. C’est aussi une allégorie de l’abandon, ce moment si précieux qui est au coeur de l’oeuvre de nombreux artistes parmi les plus grands. « quand je prends un nouveau modèle déclare Matisse, c’est dans son abandon au repos que je devine la pose qui lui convient et dont je me rends esclave. » C’est de l’aspect poétique et secret du sommeil qui se mue en rêve, à sa dimension érotique, que les artistes livrent plus que jamais leur part intérieure : « je désire l’amour comme on désire le sommeil » déclare de son côté Braque totalement guidé par la charge sensuelle du jeu qui se noue entre l’un et l’autre.

                                   Constantin Brancusi (foto 5) 

Désir étouffé ou désir assumé, Bonnard autant que Matisse, Picasso, Renoir, Maillol ou Van Dongen livrent leur plus intime version de la dépendance au modèle, à sa beauté révélée sous le masque du sommeil. Tonalité douce et angélique pour les uns, atmosphère caressante même ou au contraire sourde et passionnée pour les autres. Tout est là, au creux de cet abandon, dans les replis de la pensée du peintre alors que le modèle lui appartient. « le sommeil, écrit Michel Covin, expose l’autre à mon regard, mais en même temps, il me le dissimule, de telle sorte que jamais plus que dans le sommeil le sujet n’apparaît comme l’autre de lui-même. Il convient dès lors que l’on veut définir clairement le statut de l’image du sommeil dans l’art, de dépasser le niveau anecdotique ». Qu’en est-il de Matisse, de Brancusi, de Picasso ou de Bonnard? Matisse révèle dans un entretien son attrait pour l’expression d’un entre-deux, une certaine lenteur, d’un temps suspendu illustré par la figure de l’odalisque: « … J’avais besoin de souffler de me laisser aller au repos dans l’oubli des soucis loin de Paris. Les Odalisques furent les fruits nombreux à la fois d’une heureuse nostalgie, d’un beau et vivant rêve et d’une expérience vécue quasiment dans l’extase des jours et des nuits, dans l’incantation d’un climat. » Il faut effectivement aller vers la véritable fonction symbolique du sommeil, tant de fois appréhendée par les artistes. Toutefois, la profusion de représentation célèbres ou non rendent l’exercice difficile pour une exposition.
                                       Pablo Picasso (foto 6) 

De Bonnard à Balthus en passant inévitablement par Brancusi, Matisse ou Picasso, sans oublier Maurice Denis pour lequel Marthe « était plus belle que les rêves » , l’abandon du modèle est source de désir, donc de créativité. Picasso en Minotaure conquiert l’âme et le corps de Marie-Thérèse, rêveuse attitrée. Bonnard lui, silencieux comme Balthus, saisit avec douceur cette « magique suspension du temps » si précieuses à leurs yeux. « Ces figures endormies, alenties, assoupies ou abîmées dans la contemplation de leur reflet semblent redire le secret que la fable a un jour susurré à l’enfant que nous avons été : il faut que les marmitons arrêtent de s’agiter, que la broche arrête de tourner et que le feu cesse de crépiter pour que la belle aux yeux clos puisse continuer de respirer doucement – « de sorte qu’on voyait qu’elle n’était pas morte », dit le conte. Il faut de même […] réduire toute cette agitation stérile pour que le sens de la beauté puisse continuer de vivre en nous et pour qu’un jour le peintre, héros solitaire et, comme le prince, « jeune, amoureux et toujours vaillant », la vienne éveiller pour nous » nous conte joliment Jean Clair.
                                    Kees Van Dongen (foto 7) 

On ne peut oublier non plus que Bonnard est « le peintre des étés mauves et des belles songeuses. » Bonnard encore pour qui les longues siestes dans les chauds après midis d’été sont essentielles pour prendre la mesure des choses. Ses dormeuses, Marthe et Renée en tête, apparaissent dans un rêve éveillé, suspendues entre la réalité et ses apparences. « Comme dans le sommeil léger de la sieste, où tantôt l’on affleure à la conscience, tantôt l’on plonge dans l’inconscient, les couleurs passent et repassent en douceur à travers les frontières séparant le réel du rêve, que le dormir a rende perméables. » Cette perméabilité réciproque est merveilleusement illustrée par la Femme endormie de Bonnard qui met en place un mécanisme onirique à la limite de l’alchimie et du philtre ensorceleur : le modèle glisse d’un état dans un autre, d’une couleur vers une autre, sans heurt. Bonnard vit son rapport avec le modèle dans une forme de recueillement que l’on perçoit par la couleur révélée.
                                     Pierre Bonnard (foto 8) 

Ainsi au thème de la Vénus endormie fixé depuis la Renaissance, succèdent les dormeuses aux yeux clos mais fertiles, les endormies à jamais alanguies que sont tour à tour, Marthe, Renée, Jeanne, Henriette, Lydia, Marie-Thérèse, et les autres. L’ensemble des oeuvres présentées dans cette exposition illustre avec éclat ou délicatesse la personnification de cette Belle au bois dormant qu’est la Peinture et l’art en général qui attend à chaque tête à tête, le baiser salvateur de l’artiste qui se rêve en Éros pour l’éveiller.

DIDASCALIE 

(foto 1)
Pierre Bonnard, Femme endormie, vers 1928, huile sur toile, 50 x 71 cm, collection particulière © Adagp, Paris 2014 © Christie’s images / The Bridgeman Art Library

(foto 2)
Maurice Denis, La Belle au bois d'automne, 1892, huile sur carton, 25 cm x 44 cm, Collection particulière

(foto 3)
Félix Vallotton, Femme étendue au bord de l’eau, 1921, huile sur toile, 122 cm x 192 cm, musée d’art moderne et contemporain, Strasbourg 1ère de couverture © Adagp, Paris 2014

(foto 4)
Auguste Renoir, Odalisque dormant ou Odalisque aux babouches, vers 1915-1917, huile sur toile, 50 x 53 cm, musée d’Orsay, Paris © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

(foto 5)
Constantin Brancusi, La Muse endormie, 1910, bronze, 16,5 x 26 x 18 cm, musée nationald’Art moderne - Centre Georges Pompidou, Paris © Adagp, Paris 2014 © Collection Centre Pompidou, MNAMCCI, Dist. RMN / Philippe Migeat

(foto 6)
Pablo Picasso, Femme couchée, 1932, huile sur toile, 38 x 46 cm, musée national d’Art moderne Centre Georges Pompidou, Paris, Donation de Louise et Michel Leiris, 1984© Succession Picasso, 2014 © Collection Centre Pompidou, Dist. RMN / Bertrand Prévost

(foto 7)
Kees Van Dongen, La Nuit ou La Lune, 1922, huile sur toile, 134,5 x 216,5 cm, Palais Princier, Monaco © Adagp, Paris 2014 © Palais Princier de Monaco 2014 / Charles Franch

(foto 8)
Pierre Bonnard, Femme assoupie sur un lit ou L’Indolente, 1899, huile sur toile, 96 x 106 cm, musée d’Orsay, Paris © Adagp, Paris 2014 © RMN Grand Palais (Musée d’Orsay) / Stéphane Maréchalle